En 1836, de l'autre côté de la cloison d'un célèbre restaurant parisien,
un homme surprend la conversation de quatre journalistes échauffés par
un bon repas, Finot, Blondet, Couture et Bixiou. Ceux-ci commentent
l'étonnante réussite de Rastignac, qui a dû son succès à la Maison
Nucingen, la fameuse banque parisienne. Pour avoir compris très tôt «
que l'argent n'est une puissance que quand il est en quantités
disproportionnées », Nucingen a choisi de stimuler des liquidations : il
suspend ses paiements et propose à ses débiteurs des valeurs mortes,
titres dont le prix répond au montant des créanciers quand leur valeur
en Bourse est très inférieure ; le marché conclu, il reprend ses
paiements. Au fil des années, Nucingen perfectionne encore la technique :
il fait croire par des hommes crédibles, comme Rastignac donc, à
l'imminence de sa liquidation pour décider les créanciers à échanger
d'eux-mêmes leurs capitaux en valeurs mortes ; il se retrouve alors
détenteur des investissements qu'on lui a abandonnés. Il parachève
ensuite l'opération en rachetant à bon compte les actions
artificiellement surestimées au moment où elles devaient sembler un
investissement fiable. « Les lois sont des toiles d'araignées à travers
lesquelles passent les grosses mouches et où restent les petites »,
conclut Blondet.
Description:
En 1836, de l'autre côté de la cloison d'un célèbre restaurant parisien, un homme surprend la conversation de quatre journalistes échauffés par un bon repas, Finot, Blondet, Couture et Bixiou. Ceux-ci commentent l'étonnante réussite de Rastignac, qui a dû son succès à la Maison Nucingen, la fameuse banque parisienne. Pour avoir compris très tôt « que l'argent n'est une puissance que quand il est en quantités disproportionnées », Nucingen a choisi de stimuler des liquidations : il suspend ses paiements et propose à ses débiteurs des valeurs mortes, titres dont le prix répond au montant des créanciers quand leur valeur en Bourse est très inférieure ; le marché conclu, il reprend ses paiements. Au fil des années, Nucingen perfectionne encore la technique : il fait croire par des hommes crédibles, comme Rastignac donc, à l'imminence de sa liquidation pour décider les créanciers à échanger d'eux-mêmes leurs capitaux en valeurs mortes ; il se retrouve alors détenteur des investissements qu'on lui a abandonnés. Il parachève ensuite l'opération en rachetant à bon compte les actions artificiellement surestimées au moment où elles devaient sembler un investissement fiable. « Les lois sont des toiles d'araignées à travers lesquelles passent les grosses mouches et où restent les petites », conclut Blondet.