“Mon existence est devenue intéressante, disons,
l’été de mes quatorze ans. J’étais à fond dans la fumette et comme j’avais pas
d’argent pour m’acheter de l’herbe je me suis mis à fouiner tout le temps dans
la maison pour dénicher des trucs à vendre – mais il n’y avait pas
grand-chose.”
C’est alors que Bone,
avec sa crête, son nez percé et le tatouage fondateur de son identité – des
os en croix – prend la route, et que le roman se déploie au fil de ses
aventures et de ses rencontres avec tout ce que l’Amérique puis la Jamaïque
comptent de marginaux, d’aventuriers et de sages.
Un percutant roman de formation, proche
du road movie, et
devenu le texte emblématique d’une certaine jeunesse américaine de la fin du XXe siècle.
Le succès considérable que ce roman (sous le titre The Rule of the Bone)
connaît aux Etats-Unis tient sans doute à l'art, si particulier chez
Russell Banks, qui consiste à se mettre à fond dans la peau, la
mentalité et le langage d'un personnage à la fois emblématique et
révélateur de la société où il évolue. En tout cas, le récit prolixe du
jeune Bone - l'un de ces mall rats (rats des galeries marchandes) que
les Américains ont vu surgir dans leurs cités tentaculaires -, narrateur
et personnage central du livre, renoue avec la tradition des petits
héros de basfonds. On n'a pas manqué d'ailleurs, aux Etats-Unis, de voir
en Bone le successeur, un siècle plus tard, de Huckleberry Finn,
l'inoubliable personnage de Mark Twain. Et il est vrai que, de son
quatorzième à son quinzième anniversaire, tout au long du parcours qui
l'amène à se connaître, à former son jugement, à trouver son équilibre,
et même quand il revend de la drogue ou saccage des lieux qui l'ont
accueilli, cet impayable Bone manifeste un fond de bon sens, donc une
espérance. Et ainsi, ce petit Lucifer, porteur de lumière dans ses
égarements, prend-il une valeur universelle et se montre-t-il si
attachant, dans un contexte social qui ne contredit pas le pessimisme
habituel de Russell Banks, qu'il fait de ce roman une féerie.
Né
en 1940 en Nouvelle-Angleterre, Russell Banks est l’auteur d’une œuvre – entièrement
publiée en France par Actes Sud – qui l’impose comme l’un des écrivains
les plus accomplis de sa génération. En 1998, il a été nommé membre de la
prestigieuse American Academy of Arts and Letters, et il a depuis peu succédé à Wole
Soyinka comme président du Parlement international des écrivains.
Description:
1999
“Mon existence est devenue intéressante, disons, l’été de mes quatorze ans. J’étais à fond dans la fumette et comme j’avais pas d’argent pour m’acheter de l’herbe je me suis mis à fouiner tout le temps dans la maison pour dénicher des trucs à vendre – mais il n’y avait pas grand-chose.”
C’est alors que Bone, avec sa crête, son nez percé et le tatouage fondateur de son identité – des os en croix – prend la route, et que le roman se déploie au fil de ses aventures et de ses rencontres avec tout ce que l’Amérique puis la Jamaïque comptent de marginaux, d’aventuriers et de sages.
Un percutant roman de formation, proche du road movie, et devenu le texte emblématique d’une certaine jeunesse américaine de la fin du XXe siècle.
Le succès considérable que ce roman (sous le titre The Rule of the Bone) connaît aux Etats-Unis tient sans doute à l'art, si particulier chez Russell Banks, qui consiste à se mettre à fond dans la peau, la mentalité et le langage d'un personnage à la fois emblématique et révélateur de la société où il évolue. En tout cas, le récit prolixe du jeune Bone - l'un de ces mall rats (rats des galeries marchandes) que les Américains ont vu surgir dans leurs cités tentaculaires -, narrateur et personnage central du livre, renoue avec la tradition des petits héros de basfonds. On n'a pas manqué d'ailleurs, aux Etats-Unis, de voir en Bone le successeur, un siècle plus tard, de Huckleberry Finn, l'inoubliable personnage de Mark Twain. Et il est vrai que, de son quatorzième à son quinzième anniversaire, tout au long du parcours qui l'amène à se connaître, à former son jugement, à trouver son équilibre, et même quand il revend de la drogue ou saccage des lieux qui l'ont accueilli, cet impayable Bone manifeste un fond de bon sens, donc une espérance. Et ainsi, ce petit Lucifer, porteur de lumière dans ses égarements, prend-il une valeur universelle et se montre-t-il si attachant, dans un contexte social qui ne contredit pas le pessimisme habituel de Russell Banks, qu'il fait de ce roman une féerie.
Né en 1940 en Nouvelle-Angleterre, Russell Banks est l’auteur d’une œuvre – entièrement publiée en France par Actes Sud – qui l’impose comme l’un des écrivains les plus accomplis de sa génération. En 1998, il a été nommé membre de la prestigieuse American Academy of Arts and Letters, et il a depuis peu succédé à Wole Soyinka comme président du Parlement international des écrivains.